Through The Fire and Flames
Le feu est à l'honneur dans cette édition de la newsletter Mobius, qui se drape dans la beauté incandescente d'un élément oh combien volatile.
Tout part d’une étincelle. Une friction entre une pierre et un métal répand sa progéniture incandescente sur une herbe aride. La flamme nait, paraissant comme un halo protecteur qui enveloppe la surface d’une lueur apaisante. L’image est douce, une éruption rousse qui éclaire le bleu nocturne et invite le chasseur exténué à venir se reposer.
Cet enfant a son tempérament. Il est vorace, il engloutit tout ce qu’on lui donne. Ce qu’il ne parvient pas à digérer, il transforme en une bouillie informe. Tout le reste lui sert à grandir. Il grandit par delà son enclos, s’aventure dans la forêt, se repait des arbres et des animaux. Ses parents n’ont plus la moindre autorité. Ils réalisent ce qu’ils ont créé : un monstre, qui ne s’arrêtera que lorsque tout sera dévoré, englouti dans son manteau ardent. Toute flamme nait avec l’ambition de consommer le monde entier, et ne s’arrête que lorsqu’on l’affame.
Notre exploration du jour se tourne vers le feu : la passion ardente, qui grandit, qui consume tout sur son passage, puis qui s’éteint lorsqu’il ne lui reste plus rien à dévorer.
Sommaire :
Set Yourself On Fire : Allumer le Feu, tant qu’il en est encore temps (par Florian)
Chronique des profondeurs : le brasier devenu Chaos (par FX)
Final Fantasy XVI : une chanson de feu... et de feu (par Yacine)
Set Yourself On Fire : Allumer le Feu, tant qu’il en est encore temps (par Florian)
À mi-parcours de l’année, le titre que j’ai trouvé le plus brillant à jouer fut sans conteste Set Yourself On Fire. Il s’agit d’un petit Visual Novel de 2h30 racontant l’amour entre deux jeunes femmes alors que le monde est en train de s’écrouler autour d’elles. Alors que la majorité des Visual Novel se contentent de faire passer leurs messages par leurs dialogues et leurs scènes de descriptions (et parfois avec brio), je n’espérais pas de Set Yourself On Fire une utilisation aussi implacable et intelligente de son genre.
Car il ne s’agit pas juste de dire ici. Il s’agit également de montrer par la mise en scène, la temporalité, le choix des couleurs et la façon d’écrire. Et tout cela est mystifié dans un quotidien banal fait de levers de soleils et de bancs d’écoles, dans la pure tradition Lynchienne. Dit comme ça, le titre de Denhop pourrait paraître juste intriguant. Mais Set Yourself On Fire est en réalité remarquable. Et je n’en dirai pas plus pour vous laisser découvrir cette histoire d’amour passionnée mais contrainte, qui risque de résonner avec bon nombres de personnes, notamment LGBT.
Mais je m’interroge sur une chose. Le nom du jeu. Set. Yourself. On. Fire. S’immoler par le feu donc. Pourtant, rien de tel ne se produit dans le jeu. Le feu n’est même pas central à l’intrigue, tout au plus une cigarette si je veux être gentil. C’est même le contraire, puisque l’eau à une place assez centrale dans l’œuvre de Denhop. Ce feu serait-il donc intérieur? Celui de la passion et de la volonté, que dis-je, de la nécessité de la déclarer dans un univers en train de consumer sa ruine?
Après tout, on peut être tenté de déclarer “sa flamme” à l’être aimé. Mais tout cela a un côté éphémère, la flamme ne durant jamais trop longtemps alors que l’on se persuade que cela durera toujours. Il y a alors deux issues : soit la flamme finit par s’éteindre, soit elle se matérialise en un brasier, le feu de la passion. Mais dans un monde incertain, marqué par la guerre et les régressions sociales, le temps ne semble plus disponible pour que la flamme devienne le feu. Set Yourself On Fire, c’est peut-être ça. S’immoler par le feu, avec brutalité, à cause d’un monde devenu absurde.
Chronique des profondeurs : le brasier devenu Chaos (par FX)
Voici le témoignage de Quelaana d’Izalith, la seule des filles de la Sorcière d’Izalith à avoir échappé à la mutation totale, vous accueillant dans les profondeurs du hameau du Crépuscule pour vous enseigner les arts prohibés du Chaos.
Après avoir bravé les égouts de la Cité et échappé aux hauteurs mortelles du hameau du Crépuscule, notre chevalier est à la recherche de la seconde cloche pour ouvrir les portes de la Forteresse de Sen. Dans la boue empoisonnée qui lui arrive jusqu’au genoux, il croise une étrange pyromancienne qui lui dit :
Approchez voyageur. Ne craignez pas la chaleur étouffante qui stagne ici, dans les entrailles de la terre. Vous sentez cette odeur âcre de soufre et de chair brûlée ? C’est le parfum de notre échec. Vous cherchez la puissance du feu ? Vous la trouverez, mais sachez qu’elle porte en elle le goût de la cendre et du regret.
Le chaos est une plaie qui ne se referme pas.
Tout a commencé par l’ambition démesurée de ma mère, la grande sorcière d’Izalith. Elle a tenté de reproduire la Première Flamme, ce foyer originel qui a donné vie aux dieux. Mais le feu ne se laisse pas dompter par la volonté. En manipulant l’âme d’un Seigneur, elle a engendré le foyer du chaos. Ce n’était pas une flamme sacrée, c’était une abomination. Un brasier vivant, pulsant, qui a englouti Izalith en un instant.
Le foyer est devenu le cœur de notre tourment. Il ne se contente pas de brûler la pierre ou le bois. Il dévore l’essence même de notre être. Regardez ce qu’est devenue ma famille Ma mère, désormais, n’est plus que le Foyer du Chaos, une masse informe et grotesque piégée dans les racines de cette flamme maudite. Mes quatre sœurs …. Elles n’ont pas survécu à la proximité de ce foyer. Ma chère Queelag et nos deux autres sœurs… La chaleur les a fusionnées avec la vermine du désert. Elles sont devenues des créatures arachnides, condamnées à errer dans les recoins les plus sombres, gardant un passage qui mène au désespoir.
Elles ne sont plus que des pantins, déformées par une flamme qui refuse de s’éteindre.
Vous voulez connaître les sorts du chaos ? Ces flammes que je peux vous enseigner… sont des morceaux du brasier originel. Elles ne brûlent pas seulement le bois, mais votre propre humanité. Vous sentirez cette chaleur dévorante vous grignoter votre esprit et votre âme.
Pourquoi vouloir apprendre ses sortilèges ? Ne voyez-vous pas que le feu ne donne rien sans tout reprendre ?
Le feu que je vous transmets ici est celui d’une fin de règne. Portez ces sorts comme le poids de quatre sœurs sacrifiées sur l’autel de la démesure. Ce n’est pas un cadeau, voyageur. C’est une malédiction que je vous transmets.
Ne dites pas que je ne vous ai pas prévenu : dans le royaume du Chaos, chaque étincelle coûte une âme.
Maintenant, partez. L’air devient trop lourd ici, et je n’aime pas le son des pattes de ma sœur Queelag.
Final Fantasy XVI : une chanson de feu... et de feu (par Yacine)
Clive et Joshua Rosfield. Deux frères que le Destin a souvent cherché à séparer. Mais si leur séparation physique est au cœur de l’histoire de Final Fantasy XVI, celle de l’esprit résiste à tout, d’Hugo Kupka à l’Empire de Sangbrèque, et du roi Barnabas à Ultima.
Liés par le feu, Joshua et Clive sont les Émissaires de Phénix et d’Ifrit. Et au-delà du feu qui caractérise ces deux Primordiaux, c’est surtout celui de la fraternité qui brûle entre les deux frères, inextinguible lorsqu’il s’agit de résister au projet divin de retirer son libre arbitre à l’humanité.
Défier les Dieux, dirait Christopher Nolan. Par-delà les mers et les frontières, le message est entendu à Valisthéa, là où les frères mènent, dans le feu, le combat d’une vie pour garder le droit de mourir comme bon leur semble. Contre le sectarisme et la soumission, c’est par le feu sacré de leurs liens familiaux que Clive et Joshua vainquent l’ennemi, au bout d’eux-mêmes et sur les ruines d’un monde à reconstruire. Sans eux, cette fois, car si le feu bat les dieux, il ne laisse derrière lui que les cendres. Il faut tourner la page et conclure l’histoire de Final Fantasy, afin de ne laisser au futur qu’un conte que l’on raconte justement au coin du feu, une fois la magie disparue.







